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Quand elle t’a rejoint au café vos yeux se sont croisés et elle les a immédiatement baissés. Ça t’avait fait sourire. Elle était donc gênée de te revoir, tu en avais la preuve. Et puis elle s’était mise à parler, parler, fouillant dans son sac à la recherche de ses cigarettes, puis de son nouveau téléphone qu’elle voulait te montrer puis de ses cartes de visite qu’elle voulait te donner. Elle était touchante.
Au fil de la conversation, un rythme plus calme s’était installé. Toi aussi tu avais beaucoup parlé : de tes projets, ton travail, tes sorties. Tu t’es surpris à t’entendre lui confier tes rêves, tes doutes. Quelques phrases graves au milieu d’histoires anodines. Tes confidences l’avaient détendue. Elle semblait te dire que c’est ce qu’elle attendait de toi. Tu sentais qu’elle voulait l’essence de tes pensées, la gravité de ton imaginaire, le poids de ton être.
C’est toi qui étais gêné maintenant. Non pas de lui livrer ce que tu étais, tu avais l’habitude auparavant de lui parler de cette façon. Tu étais gêné des sensations que tu éprouvais, provoquées par cet échange. Un mélange de sentiments qui te serraient le cœur. Tu ne voulais pas qu’ils cessent mais il fallait les contrôler, elle ne devait pas s’en apercevoir. Tu as toujours craint que tes sentiments ne se lisent sur ton visage. S’il l’avait fallu les dire, tu te serais tu.
Un silence. Vos yeux se croisent de nouveau. Cette fois-çi c’est toi qui les baisse. Tu payes, l’accompagne au métro. Encore quelques badinages. Tu sais qu’elle sait que votre moment est passé. Tu lui dis à bientôt, elle s’éloigne. Tu la regardes partir et tu baisses encore les yeux, cette fois pour ne pas pleurer.
Anne de Beauvillé
L’atelier, c’est ... un endroit plein de couleurs, avec des gens étranges, des histoires bizarres, des rires absurdes et la vie intensément. C’est difficile au début, et puis après, tout s’éclaire. C’est un voyage dans l’imaginaire, le passé, les rêves et les projets. C’est un héros ou une héroïne à qui il arrive une histoire horrible, un bébé qu’on veut tuer et qui, à la fin, est sauvé par un chevalier à la pointe de stylo acérée. C’est des fantômes enterrés qui viennent faire un petit coucou en passant, des futurs improbables, des passés sublimes, un présent vivant. L’atelier, c’est un peu de nous, de nos histoires et de nos imaginations ! C’est des histoires d’amours contrariées, des claquements de portes, des regards qui en disent longs, des retrouvailles, des disputes, des filles qui deviennent des hommes et des garçons, des petits vieux. C’est un espace utile qui ne sert à rien, une fille paumée dans la rue.
L’atelier c’est la gare de départ vers un endroit inconnu et merveilleux, qu’on ne connaît pas : soi.
A plusieurs mains.
L’Atlantique est grise et submergée par de hautes vagues bruyantes. Là-bas, une plage de sable fin s’étale à l’infini. une lumière blanche et crue tapisse l’Océan. Sa profondeur d’un vert acier vous saisit par le froid de ses courants. Un vent nerveux en soulève l’écume.
Ma mère me porte sur ses épaules et je me laisse bercer par son rythme ondulant, la nonchalance de son pas. Elle sait combien je déteste l’irritation du grain de sable sur la peau.
Tout d’un coup, j’entends un coup de tonnerre.
"Il est temps qu’elle apprenne à marcher seule !"
Effrayée par le timbre métallique du ton impératif, je chute et me cache derrière l’ampleur de la robe maternelle, une robe des années cinquante qui lui fait une taille fine et dessine une auréole mouvante au-dessus de ses chevilles.
"Laisse-la, elle est encore petite."
Immergée encore dans la vocalise du chant maternel, j’observe de loin mes aînés se laisser au bon désir des vagues.
Quelqu’un semble les accompagner.
La scène pétille d’une bonne humeur. Intriguée, attirée mais prudente, je m’approche du rivage à petits pas.
Témoin de la scène des jeux de mer, de plus en plus intéressée par ce qui s’y passe, je ne réalise pas encore que j’y entre à mon tour. Une main ferme vient me saisir et avant que je ne puisse esquisser un mouvement de repli, je suis transportée vers l’Océan.
Un désarroi m’envahit et me fait hurler
" Ma...man..."
Capturée par l’imprévu, je tente de la rejoindre.
Debout, les bras tendus en avant, elle hurle à son tour.
" Elle est encore trop petite, elle va se noyer !"
Il y a du danger, et elle le confirme, le souffle coupé je me sens partir, mourir à la trop petite, une petite qui se noie,
quand une voix basse me retient
" Tu n’as rien à craindre, je vais t’apprendre à nager."
L’image du souvenir s’est effacée. Seule subsiste la parole d’un père dans le silence d’une mémoire, celle d’une enfant. Mémoire des lettres sur le blanc de la page, du blanc de la page entre les lettres jusqu’à l’effacement des lettres et le désir d’écrire. Ecrire encore ce premier contact avec un corps étranger qui devint un événement et une promesse.
Je me laisse glisser dans le ressac des vagues en prenant appui sur mon père, je découvre l’odeur particulière de sa peau salée et, tandis que mes deux mains s’arriment à son cou, d’une voix rieuse il me dit,
"accroche toi bien et laisse toi faire."
De l’inconnu s’ancre en moi. Une nouveauté qui s’ignore. Nous traversâmes les embruns de la mer, l’horizon qui me semblait lointain devint proche, proche et lointain, je me retournai et aperçus sur le rivage la silhouette de ma mère se fondre en un point de plus en plus lointain. La peur me quitta. Il y eut une éternité dans cet instant franchi.
Claire.
Une meurtrissure
c’est un objet familier
Un arrêt d’autobus
c’est raconter des histoires
Un oubli
c’est un livre ouvert
La nuit
c’est une histoire sans paroles
avec des émotions fortes
L’amour
c’est le sommeil qui rompt avec la tristesse.
L’enfer
c’est faire la pluie et le beau temps
Si la lune et le soleil brillaient ensemble
Je m’élancerais vers la mer et nagerais à en perdre le souffle
Si j’avais un grand jardin plein de roses et de lilas
J’attends la visite de mon amant
entre temps les enfants sont nés
...
Les mots se tissent
des sourires se glissent
des voix font écho.
Ah ! le goût et la saveur
des choux à la crème
gourmandise supreme.
Les gouttes de pluie
derrière le rideau jaune
dansent.
Dans la texture des mots
des fils se tendent, se croisent entre soi.
Saisir le punctum
triturer le texte
ce n’est qu’un prétexte
à l’écriture
une lumière tamisée
des patisseries à volonté
et l’écriture à votre gré.
file la laine, file les mots
ils nous entraînent comme la feuille au vent.
Délices et lettres
plaisir du jour
Micheline.
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