Atelier Écriture Rythme(s)

Textes tissés en atelier

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Manuel en mouvement.

A la pointe de tes doigts, jaillit un rêve. Les mots que tu bordes au lit des pages, éclatent comme des fleurs printanières. Et tes pas s’approchant, craquent dans ma tête un peu plus chaque jour. La ligne que j’imagine à ton dos, trace une route infinie vers mon cœur. Et l’orage qui s’impatiente, s’annonce tiède et torrentiel, à nos reins partagés.

Clémence Gachot

IL VENAIT D’AVOIR ...

Les paroles d’une chanson me pénètrent tandis qu’il s’avance vers moi. Je sais d’avance que c’est perdu, que je le perdrai, je me perdrai, mais sans sourciller j’y vais, me rends en tout abandon et reste en sidération devant tant de beauté offerte. La vie me traverse, passe par moi, je l’accepte, je ne la possède pas , elle m’échappe déjà, il m’échappera, je m’y soumets comme une femme qui consent à mettre au monde la vie.

Marie Maupassant.

SA CHAMBRE

C’était SA chambre. Je veux dire celle où elle ne voulait pas qu’on touche. On y allait quand elle était là mais aussi parfois en son absence pour respirer son univers. On lui avait procuré meublée mais elle avait tout changé, rendu certains meubles. C’était le foutoir, du bazar partout, des papiers qui trainaient par terre ou sur la table, l’important avec les pubs, les lettres d’amis avec les factures. Ce qui est impressionnant dans la chambre d’une femme c’est que c’est comme ses vêtements, elle se montre, se révèle. « Dis moi comment est ta chambre, je te dirai qui tu es ». De mon point de vue, c’était bordélique mais attention ne croyez pas que c’était négligé. C’était habité : plusieurs étagères de produits cométiques, ça cela ne m’intéresse pas, seulement me surprend ; les murs tapissés de trucs : des pendentifs, des photos, des coupures de journaux ; plutôt de jolis choses d’ailleurs, colorées, des posters artistiques, nourrissant le regard. Ce qui semblait compter aussi beaucoup c’était le confort du lit : la couette immaculée avec des jolies couleurs ... et le nounours. Là je n’en revenais pas ! Mais bon chacun se débrouille comme il peut avec la solitude. Comme j’ai dit l’ordre n’était pas son souci, les chaussures éparses, certains habits non rangés, des tasses non lavées, le linge sale dans un coin. Comment est-il possible qu’elle sorte chaque matin ponctuelle comme un métronome et ravissante comme le lotus hors de la vase ? Sans doute reprenait-elle contact avec son être dans ce désordre apparent ; posant le pied dans ce cadre intime, elle reprenait la force de rayonner. Nous aimions entrer dans cette caverne privée, certains d’y découvrir des choses inédites, l’humeur des jours rangés, celle des jours sauvages, des jours bleus, des jours ensoleillés. On était quelques fois déçus que notre dessin ou notre lettre aient été posés en haut de l’armoire mais il n’était pas en notre pouvoir de dire ses élections. Le jour où on retrouvait notre mot près de son oreiller ou comme marque page de son livre du moment, on devenait des rois.

ALAIN LE VERGER.

LE GRAND SAC ROUGE

90 ans, elle a toujours son grand sac rouge !

Qu’est-ce qu’il peut bien contenir ce grand sac rouge ?

A 50 ans, elle tricotait déjà : des chaussettes, des gants, des bonnets. Elle en avait des pelotes de laine dans son grand sac rouge.

Elle a 30 ans, elle est infirmière à la guerre. Que d’histoire de soldats blessés a-t-elle pu nous raconter !

Elle a presque 40 ans, elle est toujours toute seule dans sa petite maison. Chaque jour elle va déjeuner chez quelqu’un de différent. Le jeudi, c’est chez nous. Elle sort son tricot de son grand sac rouge et attend que le repas soit prêt. C’est chaque fois le même rituel. Elle s’installe dans le même fauteuil près de la fenêtre, pose son grand sac rouge sur ses genoux, sort son tricot et, sans lever le nez, commence à nous poser les mêmes questions à chaque fois. Elle veut savoir ce que nous avons fait d’intéressant à ses yeux depuis le jeudi précédent.

C’est à 75 ans qu’elle a commencé à se poser dans son fauteuil habituel sans sortir son tricot. Son regard était alors vide, se perdait sans doute dans ses souvenirs. Revoyait-elle des images de la guerre ?

Elle nous avait tellement souvent raconté ses histoires que nous ne faisions plus attention...et pourtant son regard dans ces moments-là semblait plus riche en souvenirs que les histoires racontées en attendant le début du repas.

Elle a 89 ans, sa santé se détériore. Elle se déplace difficilement, son sac rouge est défraichi, mais il est là, à son image. Elle l’a maintes fois recousu... Elle semble ne pas vouloir s’en séparer comme si il faisait partie de sa vie, comme si c’était un peu d’elle-même qu’elle transportait consciencieusement à chaque fois qu’elle sortait de chez elle.

Petite fille, je n’osais pas regarder dans son grand sac rouge.

Maintenant, elle a 90 ans, j’aimerais regarder ce qu’il contient. Mais je ne me décide pas. Comment pourrai-je m’immiscer dans sa vie, lui voler un peu d’elle-même. Elle a 80 ans et reste secrète.

Elle a 90 ans et je ne saurai jamais pourquoi je n’ai jamais osé ouvrir ce grand sac rouge.

SABINE TRÉCA- LEBRETON

D’île en île

Îl’e où je viens m’arrimer en pleine tempête,
Il’e où je me pose à l’abri de la houle intempestive,
Il’e où je me réfugie dans le port,
Il’e où je m’abandonne sur le rivage,
Il’e d’une halte où se reprend du souffle
Avant de reprendre la mer,
Il’e d’où je me désarrime pour naviguer à nouveau ,
Toujours et encore vers l’éphémère qui ne cesse pas
De se déliter pour se remettre au monde,
Je fraye ma route là où il n’y en a pas....
Sofia B.

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