Atelier Écriture Rythme(s)

Textes tissés en atelier

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Mémoire

L’Atlantique est grise et submergée par de hautes vagues bruyantes. Là-bas, une plage de sable fin s’étale à l’infini. une lumière blanche et crue tapisse l’Océan. Sa profondeur d’un vert acier vous saisit par le froid de ses courants. Un vent nerveux en soulève l’écume.
Ma mère me porte sur ses épaules et je me laisse bercer par son rythme ondulant, la nonchalance de son pas. Elle sait combien je déteste l’irritation du grain de sable sur la peau.

Tout d’un coup, j’entends un coup de tonnerre.
"Il est temps qu’elle apprenne à marcher seule !"
Effrayée par le timbre métallique du ton impératif, je chute et me cache derrière l’ampleur de la robe maternelle, une robe des années cinquante qui lui fait une taille fine et dessine une auréole mouvante au-dessus de ses chevilles.
"Laisse-la, elle est encore petite."
Immergée encore dans la vocalise du chant maternel, j’observe de loin mes aînés se laisser au bon désir des vagues.
Quelqu’un semble les accompagner.
La scène pétille d’une bonne humeur. Intriguée, attirée mais prudente, je m’approche du rivage à petits pas.
Témoin de la scène des jeux de mer, de plus en plus intéressée par ce qui s’y passe, je ne réalise pas encore que j’y entre à mon tour. Une main ferme vient me saisir et avant que je ne puisse esquisser un mouvement de repli, je suis transportée vers l’Océan.
Un désarroi m’envahit et me fait hurler
" Ma...man..."
Capturée par l’imprévu, je tente de la rejoindre.
Debout, les bras tendus en avant, elle hurle à son tour.
" Elle est encore trop petite, elle va se noyer !"
Il y a du danger, et elle le confirme, le souffle coupé je me sens partir, mourir à la trop petite, une petite qui se noie,
quand une voix basse me retient
" Tu n’as rien à craindre, je vais t’apprendre à nager."
L’image du souvenir s’est effacée. Seule subsiste la parole d’un père dans le silence d’une mémoire, celle d’une enfant. Mémoire des lettres sur le blanc de la page, du blanc de la page entre les lettres jusqu’à l’effacement des lettres et le désir d’écrire. Ecrire encore ce premier contact avec un corps étranger qui devint un événement et une promesse.

Je me laisse glisser dans le ressac des vagues en prenant appui sur mon père, je découvre l’odeur particulière de sa peau salée et, tandis que mes deux mains s’arriment à son cou, d’une voix rieuse il me dit,
"accroche toi bien et laisse toi faire."

De l’inconnu s’ancre en moi. Une nouveauté qui s’ignore. Nous traversâmes les embruns de la mer, l’horizon qui me semblait lointain devint proche, proche et lointain, je me retournai et aperçus sur le rivage la silhouette de ma mère se fondre en un point de plus en plus lointain. La peur me quitta. Il y eut une éternité dans cet instant franchi.

Claire.

Cadavres exquis écrits dans l’atelier

Une meurtrissure
c’est un objet familier

Un arrêt d’autobus
c’est raconter des histoires

Un oubli
c’est un livre ouvert

La nuit
c’est une histoire sans paroles
avec des émotions fortes

L’amour
c’est le sommeil qui rompt avec la tristesse.

L’enfer
c’est faire la pluie et le beau temps

Si la lune et le soleil brillaient ensemble
Je m’élancerais vers la mer et nagerais à en perdre le souffle

Si j’avais un grand jardin plein de roses et de lilas

J’attends la visite de mon amant
entre temps les enfants sont nés

...

Les mots se tissent

Les mots se tissent
des sourires se glissent
des voix font écho.

Ah ! le goût et la saveur
des choux à la crème
gourmandise supreme.

Les gouttes de pluie
derrière le rideau jaune
dansent.

Dans la texture des mots
des fils se tendent, se croisent entre soi.

Saisir le punctum
triturer le texte
ce n’est qu’un prétexte
à l’écriture

une lumière tamisée
des patisseries à volonté
et l’écriture à votre gré.

file la laine, file les mots
ils nous entraînent comme la feuille au vent.

Délices et lettres
plaisir du jour

Micheline.

l’Essentiel

Essentiel
Es sens ciel
Sens interdit
Le ciel qui brille
C’est bientôt la nuit.

Des pigeons volent
Les pietons marchent
Le temps passe.

L’instant présent n’existe plus,
Il appartient déjà au passé,
Le futur approche,
Des surprises volent.

Une fille, un garçon Dans la rue Monge
Un dimanche aprés-midi,
Un jour d’avril
Où vont-ils ?

Bientôt les vacances
Je serai absent
De ce vacarme incessant
Qui me manque
Dés que je ne suis plus là,
Parti près du lac.

Stéphane.

Une fois de plus....

Une fois de plus, venez, venez mots pour exprimer le fond de l’être, ce qui est inconnu, non perçu, non perceptible, ce qui est caché par la vie et qui est enfoui au fond de l’âme. Venez, venez mots, pour exprimer l’indicible, pour permettre de communiquer, d’abord à soi, puis pour les autres, pour établir des ponts entre ce que l’on vit et le fond de l’être, habité par ce mélange de souffrance et de bonheur, de mort et de vie. venez, venez mots pour dire l’indicible, pour faire resurgir la douleur, pour qu’elle puisse devenir quelque chose que l’on apprivoise, que l’on caresse comme un enfant.

Venez, venez mots, permettez que la vie jaillisse de vous, que les mots se transforment, s’apaisent, ne fassent plus mal,ne créent plus ce vide, ce vertige à chaque instant.
Venez,venez mots, jaillis des profondeurs, et trouvez le chemin qui sort de l’impasse ou de nos impasses imaginaires.
Venez, venez mots, pour dire le réel, pour larguer l’imaginaire avec son cortége de sorcières et de fantômes, pour retrouver le goût et la saveur des simples choses.Une fleur, un mot, une parole, une rencontre, un arbre, un cadeau, un sourire, une larme.

Venez, venez mots, pour qu’on puisse vous écouter, vous aimer, vous modeler, vous laisser balbutier, jaillir, vous laisser repartir, non sans avoir changer imperceptiblement quelque chose.
Venez, venez mots, pour créer de la vie,pour construire, pour s’apprivoiser et dire oui, et dire non, pour exister tout simplement.
Une fois de plus, venez venez mots pour exprimer l’obscur, le violent, le caché et l’apprivoiser.
Geneviève.


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