Atelier Écriture Rythme(s)

Textes tissés en atelier

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Le rêve, la lettre et l’être

Je me réveille et me dégage des brumes de la nuit.

Dans mon rêve un messager, le visage apeuré est venu me parler.

Il me remettait une enveloppe insignifiante. Que venait-elle me dire ?

Le matin dans ma boîte aux lettres une enveloppe mystérieuse !

Je l’ouvre avec lenteur et appréhension, en lisant ces quelques lignes, tout en moi deviens clair et chaud.

C’est un miracle : L’être aimé sera là bientôt.

S L R

L’autre

Il y a les lumières dans la nuit. Et une autre bouche. Est-ce que je mens ? Bah on verra bien...

Maintenant qu’elle n’est plus là, il reste sont odeur ça et là. Pourquoi est-ce qu’elle n’est pas là ? Elle devrait être là. Non elle ne devrait pas, mais on le voudrait quand même. Quand elle y est on se sent seul, on est à deux dans la pièce, on parle et il y a le bruit alentour, et pourtant on se sent seul. Mais quand elle n’est pas là on se sent encore plus seul, tellement seul qu’on a l’impression de brûler en dedans.

Avant on était heureux pourtant, on ne manquait de rien qu’il ne faut pour vivre. Elle venait et c’était bien, elle s’en allait et c’était bien, et puis un jour comme les autres elle s’en est allée et il ne restait rien, plus rien.

On cherche, mais on ne peux pas se chercher à travers elle. Il faudrait des mains de chirurgien pour cela, des mains fines et délicates, des mains de peintre ou de ciseleur. Mais malgré les apparences avec lesquelles il est si facile de tricher, malgré le beau langage, on est un paysan, rien qu’un paysan, et on a des mains lourdes et terreuses, des mains qui ne savent qu’attraper et qui brisent ce qui est trop fragile. On marchait en tenant les yeux fermés, parce qu’on connaissait trop bien la route et qu’elle n’avait pas d’intérêt, et puis d’un coup il a fallu ouvrir les yeux et s’arrêter. Et quand on était là, debout à regarder le monde, d’un coup on s’est aperçu que les jambes ne nous portaient plus.

Philippe-Marie

05/05/2011

L’amour est infini...

Douze ans, je viens de les avoir ou suis je sur le point de les perdre....ma mémoire est une fiction qui ne cesse pas de se réinventer avec la venue d’un nouvel amour, l’étonnement des premières fois toujours retrouvé...l’amour est infini. Douze ans, oui je devais les avoir, alors disons que je les avais et vivais à l’étranger, le métier de mon père en avait décidé ainsi. L’hivers venait de se terminer et les premières journées du printemps s’annonçaient. Je fréquentais la communauté des enfants d’expatriés mais il y avait toujours ce point de rupture où l’ennui me détournait des filles de mon âge. Il faut le savoir qu’en ce temps là les garçons ne jouaient pas avec les filles, deux mondes séparés, presque clos où s’échangeaient des regards discrets qui se voulaient indifférents à l’autre sexe. Douze ans, ce jour là je porte une robe en coton, et la pointe de mes seins tente de repousser le tissu qui devient voile, une féminité qui s’éveille, à peine voilée d’un désir qui s’ignore...je ne sais pas pourquoi ma robe porte des accros, un ourlet défait qui souligne des genoux écorchés...des signes d’abandon ? Comme mes cheveux épais et pleins de nœuds auxquels se refuse la discipline du peigne, absence de soin et trou du silence, comment dire ce que je ressens depuis quelques temps entre mes cuisses, la vie remonte de la fente toute lisse de mon sexe, boutonnière entrouverte qui laisse couler des liquides onctueux, salés comme l’eau de la mer. Entre mes mains un livre écorné à force d’être lu, « L’amant de Lady Chatterley » de David Herbert Lawrence, trouvé dans la bibliothèque de ma mère, troué par la force de mon désir, le désir de savoir ce qui l’ennuie autant et nous la fait absente, si lointaine. Dans la cour des filles je commence à m’ennuyer, je me sens décalée dans ce monde si bien ordonné, pas rejetée je dirais plutôt je m’y ennuie réellement , alors mon regard se perd au-delà de la haie. Les garçons sont là et occupés à des jeux de garçons tandis que les filles bavardent de l’autre côté de la haie. Je m’approche tout en gardant l’écart de quelques pas. Encore quelques pas et je contourne la haie pour me retrouver parmi eux. Ils me regardent avec étonnement, une martienne débarque et transgresse les codes des terrestres. Mais moi, c’est lui que je regarde. Il me semble grand puisque pour le regarder je dois lever les yeux...ses yeux sont clairs comme la mer du Nord, comme après une tempête, comme la douceur d’une houle qui vient mouiller mes lèvres entrouvertes. Du haut de ses 15 ans, il a posé son regard sur mes douze ans, dans son sourire il y a de l’ironie et je vois bien qu’il remarque ma robe trouée, déchirée, mes genoux écorchés et mes cheveux attachés derrière ma nuque avec un lacet pour retenir le désordre qui m’habite. Pourtant, je fais le choix de rester et de le regarder droit dans les yeux , je respire une bouffée d’air et tente de m’arrimer à ce qui pourrait me donner une verticalité.

-  je peux jouer avec vous ?.

Son regard semble incrédule mais il me répond,.

-  nous ne jouons pas avec les filles, retourne là-bas,.

me voilà bien bas, et déjà il me tourne le dos et s’éloigne. C’est une question de seconde, je le sais, il ne doit pas s’éloigner...Alors je me précipite dans leur jeu, une course à pied, et me cale prête pour le départ. Et à voix haute, je lui lance comme un défi,.

-  lequel de nous deux gagnera ?.

Je suis perdue, je vais me perdre ... Il se retourne, il rit, ce n’est pas de bon augure, ma défaite sera cuisante. Il s’approche, et se cale à son tour pour le départ tandis que les autres garçons s’excitent, rient aux éclats, des mysogines en culottes courtes prêts à me sacrifier. Le signal du départ résonne et je bondis, il m’a déjà dépassé mais je ne renonce pas. Ma poitrine s’embrase, se déchire, mes poumons s’émiettent en flanelle, sur l’allée du jardin qui fait piste de notre course les cailloux deviennent des aspérités qui me blessent de partout, je n’ai plus de souffle, il se raréfie, je crafouille, crahute, et les larmes me voilent le regard et soudainement....l’inouï interfère dans le chaos de ma défaite...il a ralenti son allure, il a laissé nos pas s’emboiter dans un rythme qui ne cesse pas de nous rapprocher, son visage se tourne vers le mien, il me sourit et je m’accroche à la clé de son sourire, je reprends mon souffle tandis que le sien me frôle , je sais qu’il sait que je sais, comme une poignée qu’il me tend je m’y agrippe et termine la course, la notre.

Plié en deux, les deux mains posés sur ses cuisses à peine émergées de l’enfance, il trouve encore du souffle pour me dire,.

-  tu m’as presque battu !.

Je ris au presque, je consens au mensonge public, à notre secret qui n’en est pas un. Ce fut une rencontre inouïe, ainsi je fus accueillie dans le club des garçons, et moi toujours à presser le pas et lui toujours à ralentir le sien , ainsi nous restions à côté sans nous perdre de vue, à rire, à sourire, à savoir l’inouï, sans jamais nous dire le désir qui nous liait dés le commencement et nous exilait à jamais de l’enfance.

Douze ans, treize ans, voire plus....et un jour je l’ai attendu et ...je l’ai encore attendu...il ne viendra plus jamais. Plus tard, beaucoup plus tard, quand il était déjà trop tard, j’appris que sa mère, la femme du colonel, était partie ou plutôt s’était enfuie en emmenant avec elle ses enfants. On racontait qu’elle était allée rejoindre son amant en France, ce fut la honte pour le colonel. Pierre, pourquoi pas lui donner le prénom de Pierre, a gardé le livre que je lui avais donné à lire, « L’amant de Lady Chatterley », le livre lu et relu, déchiré, troué.... Dans les mois suivants, mon père décida de m’envoyer en France pour suivre des études . La décision fut prise sur une terrasse qui plombait l’Adriatique, la journée dégoulinante d’une chaleur d’été plongeait dans le crépuscule d’une beauté inouïe, je tournais mon visage vers ma mère, je la regardais et vis une femme particulièrement belle, une présence qui laissait place à l’absence, un ennui qui ouvrait à de l’ailleurs...que je parte ou reste lui semblait indifférent...alors je me tournais vers mon père et consentis à sa décision, je partirai...un dernier regard sur la mer adriatique calme comme un lac de flanelle bleutée...je ne revis jamais Pierre.

Clara Marquis.

Rencontre

Quand elle t’a rejoint au café vos yeux se sont croisés et elle les a immédiatement baissés. Ça t’avait fait sourire. Elle était donc gênée de te revoir, tu en avais la preuve. Et puis elle s’était mise à parler, parler, fouillant dans son sac à la recherche de ses cigarettes, puis de son nouveau téléphone qu’elle voulait te montrer puis de ses cartes de visite qu’elle voulait te donner. Elle était touchante.

Au fil de la conversation, un rythme plus calme s’était installé. Toi aussi tu avais beaucoup parlé : de tes projets, ton travail, tes sorties. Tu t’es surpris à t’entendre lui confier tes rêves, tes doutes. Quelques phrases graves au milieu d’histoires anodines. Tes confidences l’avaient détendue. Elle semblait te dire que c’est ce qu’elle attendait de toi. Tu sentais qu’elle voulait l’essence de tes pensées, la gravité de ton imaginaire, le poids de ton être.

C’est toi qui étais gêné maintenant. Non pas de lui livrer ce que tu étais, tu avais l’habitude auparavant de lui parler de cette façon. Tu étais gêné des sensations que tu éprouvais, provoquées par cet échange. Un mélange de sentiments qui te serraient le cœur. Tu ne voulais pas qu’ils cessent mais il fallait les contrôler, elle ne devait pas s’en apercevoir. Tu as toujours craint que tes sentiments ne se lisent sur ton visage. S’il l’avait fallu les dire, tu te serais tu.

Un silence. Vos yeux se croisent de nouveau. Cette fois-çi c’est toi qui les baisse. Tu payes, l’accompagne au métro. Encore quelques badinages. Tu sais qu’elle sait que votre moment est passé. Tu lui dis à bientôt, elle s’éloigne. Tu la regardes partir et tu baisses encore les yeux, cette fois pour ne pas pleurer.

Anne de Beauvillé
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L’atelier c’est...


L’atelier, c’est ... un endroit plein de couleurs, avec des gens étranges, des histoires bizarres, des rires absurdes et la vie intensément. C’est difficile au début, et puis après, tout s’éclaire. C’est un voyage dans l’imaginaire, le passé, les rêves et les projets. C’est un héros ou une héroïne à qui il arrive une histoire horrible, un bébé qu’on veut tuer et qui, à la fin, est sauvé par un chevalier à la pointe de stylo acérée. C’est des fantômes enterrés qui viennent faire un petit coucou en passant, des futurs improbables, des passés sublimes, un présent vivant. L’atelier, c’est un peu de nous, de nos histoires et de nos imaginations ! C’est des histoires d’amours contrariées, des claquements de portes, des regards qui en disent longs, des retrouvailles, des disputes, des filles qui deviennent des hommes et des garçons, des petits vieux. C’est un espace utile qui ne sert à rien, une fille paumée dans la rue. L’atelier c’est la gare de départ vers un endroit inconnu et merveilleux, qu’on ne connaît pas : soi.

A plusieurs mains.


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